La Grande salle

Une fois dans salle, commençons notre visite comme toujours, par la  droite. On admire les héros de différentes  œuvres de Drossinis, représentées par ordre chronologique : 

Agrotikes Epistoles.
Le premier roman de Drossinis porte ce titre. Il s’ agit de lettres inspirées par la vie agricole de l’ île d’ Eubée. Drossinis a vécu certaines périodes de sa vie entre l’ âge de 17 à 25 ans, à Gouves, village au nord de l’ Eubée, dans une grande ferme, munie d’ une  grande tour. Cette tour a été donnée comme dot à Drossinis. C’ était à l’ époque où la Grèce, devenue  indépendante, après une longue occupation turque, était très pauvre et ses habitants n’ avaient pas les moyens de vivre et encore moins, l’ argent nécessaire pour racheter les terrains qui à ce moment là appartenaient encore aux Turcs. Le gouvernement avait donc permis à des étrangers d’ acheter certains  terrains, espérant  assurer le rachat  de ces terrains par des Grecs  à long terme le retour des Turcs à leur pays ainsi que Rudolf Von Wild, un Suisse – Allemand, avait acheté le village le plus proche de Gouves, Corbatsi, et avait fait  construire une grande maison à deux étages, se composant de 17 chambres, meublées luxueusement. Rudolf Von Wild ayant des connaissances  techniques, avait même installé des machines spéciales pour écraser les olives et extraire l’ huile. Il a habité dans cette maison à partir de 1875 jusqu’ à 1888, avec sa mère, sa femme, ses enfants et sa nièce. Drossinis avait connu sa famille et portait une grande admiration à sa nièce  Hélène Weis. Il admirait ses merveilleuses peintures qui représentaient des paysages du village ou bien des scènes de la vie des paysans. Il voyait en elle la femme idéale de sa vie. Quelques tableaux peints par Hélène, deux journaux  personnels d’ Hélène et des photos de cette grande famille, sont exposés dans cette salle sur le mur droit, près de l’ entrée.
Plus loin, nous voyons un socle en plastique, dans lequel se trouvent 100 gravures imprimées en Allemagne par Drossinis, suivant  la commande du magazine hebdomadaire «Estia».
Nous avons ensuite l’ occasion d’ admirer quelques  œuvres parmi les plus connues de l’ époque, ayant des thèmes grecs, religieux ou des thèmes mettant en valeur la beauté féminine.    
Sur un trépied, la photo expressive de la gitane «Zephyra » nous raconte le roman « Herbe d’ amour » écrit par Drossinis. Zephyra tient la place de la sorcière qui prépare le filtre magique désigné à capter Ianos. Henri Tonnet, professeur de la Sorbonne de Paris, analysant ce livre, considère Drossinis comme le premier et très  important écrivain des mœurs de la Grèce moderne.

Amaryllis
Amaryllis est le roman dans lequel Drossinis nous présente, selon lui, la femme idéale, sous le nom d’ Amaryllis. Il s’ agit d’ une jeune fille de 20 ans, très belle, intelligente, cultivée, ayant en plus un diplôme de philosophie. Amaryllis aime les enfants, aime la nature, elle est fidèle à son mari qu’ elle adore. Amaryllis et Stephan se sont rencontrés à Eubée, se sont mariés et forment un couple idéal. 
La voilà, elle est devant nous en robe longue  et blanche, un panier plein de cerises à la main et des cerises aux oreilles. Elle est debout devant un tableau peint de fleurs d’ Amaryllis, fleurs qui portent son nom, et sont aimées par Drossinis.
Près d’ Amaryllis, au milieu de ce mur, la nouvelle acquisition du Musée,  la photo d’ Adèle  Thomas Boyd, une amie Américaine, que Drossinis avait connue à l’ âge de 27 ans. Quarante sept ans plus tard, Adèle veuve et déprimée le contacte par une lettre. C’ est le commencement d’ une correspondance à travers laquelle le poète essaye de la réconforter et lui procurer les conseils nécessaires pour affronter les années difficiles  qui  vont suivre, les années qui nous portent  vers  le  crépuscule  de  la  vie.  Un  tableau  qui présente  l’ endroit de leur première rencontre est parvenu intact au Musée,  tout par hasard.

L’ Amandier
Une après - midi Drossinis regardait sa sœur et sa cousine Drossina jouer dans leur jardin. Drossina était en train de secouer un amandier et les pétales blancs de ses fleurs tombaient sur ses cheveux et ses épaules. Toute blanche, elle ressemblait à une vieille femme. Sa vision fut pour Drossinis la naissance de son poème « Amandier Fleuri » qui a été ensuite mis en musique. La chanson a eu un  immense succès. Elle a été chantée pendant  plus de 50 ans et elle se trouve toujours dans la bouche des Grecs, encore aujourd’hui. Drossinis disait  en plaisantant se référant au succès du poème :
« J’ ai écrit plusieurs poèmes, qui sont bien meilleurs, mais chaque chose sur cette terre a son destin à elle».
L’ éfigie de Drossina se trouve au coin, près d’ Adèle Boyd  sous un amandier fleuri.

Athanassios Diakos
On regarde maintenant le mur juste en face de l’ entrée. Près de Drossina, un jeune homme portant le costume national grec « tsolias » (jupe blanche plissée caleçon blanc, souliers spéciaux, pointus, nommés « tsarouchia ») représente Athanasios Diakos, patriote fervent qui a lutté  contre les Turcs pendant la guerre de l’ indépendance. Il a été capturé par les Turcs. Ils lui ont  proposé de le libérer s’ il consentait à se convertir  et devenir musulman. Il a bien sûr refusé. Sa mort a été vraiment tragique. Dans son œuvre, Drossinis en parle et décrit les détails. Il les a appris par un vieux soldat, Dimos, qui combattait aux côtés de Diakos. Dimos, très vieux, habitait près de la maison du poète et dînait souvent chez lui, lui racontant des histoires vécues durant  la guerre de l’ indépendance. Drossinis les restituait dans son livre le plus exactement possible. Citons la phrase fameuse de Diakos, en mourant : «Tu vois par quel temps la mort a choisi de m’ emmener. Maintenant que les branches fleurissent et la verdure germe ». Cette phrase  y figure encore dans les livres scolaires d’ aujourd’hui. Elle faisait même partie des livres qu’on distribuait aux soldats pour remonter leur moral.

Le grand – père sa petite fille et son petit fils. 
Le long de ce mur il y a deux portes–fenêtres. Devant la deuxième à gauche, un homme  âgé est assis sur un fauteuil, ses deux petits fils agenouillés auprès de lui. Tous les trois forment un cadre. Le grand – père raconte des histoires aux enfants.
Drossinis a publié plusieurs histoires pour enfants. Son but n’ était pas d’ amuser seulement les petits, mais leur faire en plus une leçon de morale.

Ersy
Ersy est encore un autre roman de Drossini. Il raconte l’ histoire d’ un mariage d’ amour. La joie du jeune couple et son bonheur de vivre ensemble au port d’ une île. Ce bonheur est renforcé par le désir mutuel d’ élever un enfant  sourd – muet, le héros de ce roman. Le livre est écrit en langue grecque moderne (dimotiki).
Après  les portes - fenêtres,  au  coin  de  ce  mur,  toujours  en  face de l’ entrée, sous un kiosque se trouve une table de jardin avec deux chaises  en paille. Le petit déjeuner attend le couple.

Eumorfoula 
On tourne à gauche pour admirer devant le mur qui suit la charmante Eumorfoula. Eumorfoula  signifie «belle jeune femme ». C’est le titre d’un long poème que Drossinis a écrit après la mort de son premier amour platonique. Il disait : « Si toutes mes œuvres doivent  se perdrent, il faut sauver celle là ». L’ éfigie d’ Emorfoula se trouve sur le coin, entourée de différents objets qu’on trouve d’ habitude dans une maison rustique. Ces articles sont peut – être inconnus des enfants d’aujourd’hui, mais représente un passé d’ époque.
Entre le kiosque et Eumorfoula, dans une vitrine, on a l’occasion de voir plusieurs autres articles employés dans une maison rustique au commencement du XIXème  siècle.

Irene
Le nom Irène signifie « paix ». C’ est le dernier roman que Drossinis a écrit pendant la deuxième guerre mondiale. Il est apparu en 1945, parce que le poète a refusé fermement  de publier quoi que se soit, durant la guerre.
Sur une petite table, un vase plein de roses rouges, une lettre et un mouchoir brodé, nous racontent l’ histoire d’ Irène.

Kaiti Manou
Nous arrivons de nouveau près de l’ entrée, maintenant du côté gauche. Un sofa pour deux personnes, ayant une forme un peu particulière, est un meuble qui appartenait à la famille du poète. Drossinis assis en compagnie de sa dernière muse,  Kaiti Manou, passait des heures entières en lui récitant des vers dédiés  à elle.

La salle droite

Des bibliothèques à droite et à gauche, des livres dans tous les côtés, voilà la sale où l’esprit de Georges Drossinis, ses œuvres, ses activités, règnent  en totalité. Les oeuvres  que nous voyons, toutes écrites par lui sont rangées par ordre chronologique.
On se tourne à droite pour visiter la salle. Son roman « Amaryllis » (1885) attire nos yeux. C’ est le roman qui a eu un grand succès et a été traduit en huit langues. C’ est le roman  qui a porté Drossinis au seuil du prix Nobel.
Au dessus de ces vitrines nous voyons des partitions. Elles renferment les mélodies de quelques poèmes mis en musique par de fameux compositeurs. On n’ a pas la possibilité d’ entendre ces mélodies mais il n’y a pas de doute que tous les Grecs connaissent la plus fameuse, celle du poème « Anthismeni Amygdalia » (Amandier Fleuri).
Vers la fin du mur droit, au coin, dans une petite vitrine à quatre rayons, y figure un essai sur la vie et l’ œuvre complète de Drossinis écrit récemment par le professeur Universitaire Yiannis Papakostas. L’ œuvre n’ est pas encore accomplie.
Au premier rayon de cette vitrine se trouve le dessin du peintre D. Biscini, joliment encadré, qui présente le visage d’ une jeune femme spécialement peint pour décorer la couverture de la collection poétique de G. Drossinis « ΕΙΠΕ», (Il a dit).
Ά la suite, une large vitrine à quatre rayons est pleine de revues hebdomadaires au titre « EΣTIA »(Estia). Au sommet de cette vitrine sont posés des objets qui ont fait partie de son métier de journaliste. Parmi eux la photo de  Pavlos Melàs, jeune militaire Grec bien connu pour ses batailles menées au Nord du pays pour accéder à l’ indépendance de Macédoine. 
Pour affronter ces batailles, Melàs avait besoin de soldats et d’ aide financière. Drossinis a trouvé le moyen de l’ aider à travers son journal « Estia », en écrivant des  textes et en faisant appel au patriotisme des Grecs. Le tout est expliqué dans le texte  placé  à  côté de la photo de Melàs. contre le mur, figure aussi la première copie du journal « Estia », qui raconte les efforts et le succès de Drossinis.
« Estia », qui était une revue hebdomadaire a été transformée en 1894 en journal quotidien, par Drossinis lui – même. Le journal continue à  paraître jusqu’ à  nos jours.
On continue notre visite  à  droite. Juste à côté dans une vitrine qui suit, se trouve l’ édition spéciale d’ « ESTIA », dédiée aux 25 ans du règne du Roi Georges 1er. Une édition en couleurs, unique et précieuse.
Contre ce mur, un peu plus bas, des photos présentent l’ inauguration qui  a  eu lieu à  Syros de la statue  de  Miaoulis,  amiral  pendant  la guerre de l’ indépendance grecque. Drossinis y figure représentant officiellement l’ Etat.
Longeant le même mur, on s’ arrête pour voir des dizaines de journaux, posés  sous une grande table. Certains articles de ces journaux, ou bien concernent  le poète, ou sont écrits par lui-même. Grande collection de ces journaux existe au sous – sol de l’ immeuble.
La table en question contient également des manuscrits, des lettres, des traductions et des cartes visites qui appartiennent au poète.
Au dessus, six vitrines suspendues, renferment des livres et des magazines, publiés en Grèce ou à l’ étranger.  On y trouve des textes  signés par Drossinis à  titre de collaborateur.
Un peu plus loin la photo du Président de la Groix Rouge Athanassakis et une lettre du Présidant envoyée personnellement à Drossinis sont pendues au mur. La lettre en question est une sorte de biographie d’ Athanassakis, envoyée à  Drossinis, parce que Athanassakis avait une confiance aveugle en lui et le considérait comme un ami fidèle.
Le mur gauche de cette salle est dédié à  l’ œuvre de Georges  Drossinis en tant qu’ éditeur.  Sur toute  sa longueur on trouve des containes de livres qui constituent diverses séries : La série Rouge  (1900-1908), la série Verte (1908 – 1940), des publications qui concernent la Nation (1919-1926), une série nommée « Bibliothèque ethnographique et historique (1977 – 1939), des Publications périodiques (1907-1926), des Έditions concernant des archives folkloriques musicales (1935-1938), des livres pour enfants (1904), des études (Méléti), des éditions nationales, des éditions qui embrassent   la « Diaspora », des séries littéraires, ainsi que la série « Ellinica ». Certains livres de cette série ont été écrits par lui-même entièrement.
En dernier, dans la vitrine qui se trouve au milieu de la salle, on observe des objets  personnels du poète: crayons en couleurs, poudre à canon (Drossinis était bien connu comme chasseur et pêcheur qualifié), deux  paires de lunettes,  des montres de l’ époque, ainsi que différents autres  obje ts. Le tout  complète notre rencontre avec lui. 

 

La salle gauche
Nous voilà dans la chambre qui raconte la vie personnelle de Georges Drossinis, sa vie sentimentale, pourrait - on dire.   
Juste derrière la porte d’ entrée, vers le côté droit, la photo d'une maison qui se trouve à Plaka, ancien quartier d’ Athènes aux pieds de l’ Acropole, nous présente la maison natale du poète.
Les livres serrés l’ un contre l’ autre dans les bibliothèques nous parlent de sa vie et de son oeuvre. Sur ce même mur, près du coin, quatre icônes très anciennes qui appartenaient à sa famille, ainsi que Jésus crucifié, éclairé par une lampe à huile en argent, qui porte le nom de Saint Georges, nous rappellent que le poète était de grande foi et respectait les valeurs chrétiennes.
Face à l’ entrée, le mur est plein de tableaux et de photos. Drossinis jeune, puis d'un certain âge, ensuite plus vieux, encadré par son père Christos, son frère Stavros, son fils Kostas, sa fille Angèle et sa fille Lilly, à côté de son mari Johann von Planta (Suisse - Allemand) et le blason de la famille von Planta.
Le moment est venu de donner quelques renseignements sur la vie du poète. Ses racines du côté de son père se trouvent à Missolonghi et du côté de sa mère à l’ île de Chios. Drossinis est né à Athènes en 1859. Il a grandi à Athènes, il  a  étudié  en  Grèce  puis en Allemagne.  Il  est  rentré  à l’ aurore de l’ indépendance Grecque. Grâce à son poste de chef de bureau du Ministère de l’ Έducation, il a joué un rôle principal au sujet de l’éducation des jeunes. Il a trouvé l'occasion d'améliorer l’enseignement, ainsi que le statut scolaire. Il a veillé aux différentes matières d'enseignement, il a introduit la gymnastique, les sports, ainsi que les jeux de tir aux écoles. Il a institué aussi la cérémonie quotidienne du drapeau grec. Il a pourvu à la notion d’ un système d'hygiène scolaire, il a établi le congé de convalescence payée pour les enseignants et il a amélioré l’ ameublement des classes. Ά ce sujet il a inauguré la première exposition scolaire, en même temps que le premier congrès éducatif en Grèce,
C’ est lui qui, ayant eu l’ idée de créer l’ école des aveugles, a publié, en tant que journaliste, dans différents journaux, des textes sur les aveugles. Il a demandé en vain l’ aide financière de l’ Etat, mais il a eu la chance d’ être supporté par Iphigenie Syngrou. Cette école nécessitait un personnel qualifié et pour cette raison il a envoyé en France Irène Laskaridou, qui a fait des études spéciales et est devenue la première professeur des aveugles.
Plusieurs années plus tard il a trouvé la somme nécessaire pour construire l’ école officielle des Aveugles à Kallithea, endroit auquel elle se trouve encore aujourd’ hui. Drossinis a, en plus, édité des livres spéciaux pour les infortunés de la nature.
Cet homme sensible à tout progrès de son pays a aussi fondé une école technique, où les étudiants pouvaient apprendre, en parallèle à leurs leçons, un métier. L’ école était munie d’ un dortoir, d'une salle à manger et d’ un grand jardin pour les récréations et la gymnastique. Ά gauche du terrain où a été construit cette école, se trouvait et se trouve encore aujourd'hui la maison du surveillant, dans laquelle Drossinis a vécu pendant six ans, afin d’ être assuré que le fonctionnement de l’ école suivrait ses principes. Tout ce qui concerne cette école figure sur le même mur que les photos de famille, à gauche de la fenêtre. La plaque en marbre que nous voyons,  a été apportée par Drossinis lui-même à Kifissia, quand l’ école a fermé ses portes, à cause de la deuxième guerre mondiale.
Drossinis a été pendant plusieurs années le secrétaire général du Ministère  de  l’  Education,  poste  qui  lui  a  permis,  entre autres, de séparer l’ Έcole  des Beaux  Arts  de  l’ Έcole des Métiers Industriels. Il a aussi soutenu le Conservatoire  de  Thessalonique et établi plusieurs lois concernant l’ 'Education des femmes.
Il a commencé à publier le premier dictionnaire historique de la langue grecque, mais malheureusement il n’ a pas pu continuer à cause de la deuxième guerre mondiale.
C’ est Drossinis également qui a institué la médaille d’ honneur pour les sciences et les lettres, médaille qui a lui été aussi attribuée. Il ne faut pas oublier que Drossinis a été, en plus, le Premier Secrétaire de Académie d’Athènes.
Quittant son poste au ministère, en accord avec la société archéologique, il s’ est  occupé de la Mosquée Turque, qui se trouve à la place Monastiraki. Il l’ a transformée en musée et il a transporté tous les objets d’art laïque oubliés au sous-sol du ministère. Pour compléter cette oeuvre il a déniché dans les îles et les villages des trésors d’ art populaire et il les a placés  dans ce musée à côté des ébauches offertes par des amis.
En retournant dans la salle, on se tourne à gauche, en regardant la fenêtre. Juste au coin, sur une petite table de nuit, qui faisait partie des meubles de la chambre à coucher du poète, se dresse la première réplique de la tête de la Déesse de la Santé, offerte à Drossinis par l’ ouvrier italien Giovannini.
Au milieu de ce mur, sur une simple colonne, se dresse une petite statue de la Vénus de Milos. Ά côté, sur une table, un vase avec sept dahlias rouges. Le tout se complète par un trépied où se trouve posé la première page d’ un journal grec de l’ époque, qui nous raconte l’ histoire qui suit: Petite fille de douze ans, Béatrice Kotta, visite un jour avec ses parents le musée du Louvre. Elle admire la statue originale de la Vénus de Milos, et s’ approchant,  met en secret sous la statue, la copie d’ un poème de Drossinis se référant à Vénus. Les années s’ écoulent et peu avant la deuxième guerre mondiale, quand la statue fut transportée dans une autre salle du musée, le directeur du Louvre a trouvé la copie. Il contacte le poète et lui raconte 1’ événement. Drossinis très touché recherche Béatrice, devenue entre temps la charmante Madame Stamatopoulou, et l’ invite chez lui. Elle lui rend visite portant dans ses bras des dahlias rouges. Tous les deux, très émus, parlent de l’ événement, du poème, «Venus de Milos» du chagrin de Venus loin de son petit village, à l’ ile de Milos. Moments très doux, au crépuscule de la vie de Drossinis.
Une petite bibliothèque rotatoire un peu plus bas, porte des livres de lecture qui datent des années 1884 jusqu’ à nos jours, ainsi que les premiers livres de lecture scolaire signés par Drossinis.
Toutes les médailles dont Drossinis a été honoré se trouvent pendues derrière la bibliothèque. Au dessus des médailles nous voyons le diplôme qui lui  fût  accordé par le gouvernement français pour tous ses efforts à renforcer l’ amitié franco-hellénique.  Le  point  culminant  de  ses efforts fut la fête sur l’ Acropole en 1865, en 1’ honneur du poète qui a écrit «La prière sur l’Acropole ». Le poème a été récité durant cette fête. Il s’ agit du poète Renan, beau-père de Psycharis, écrivain grec et ami de Drossinis, D’ autres diplômes accordés à Drossinis recouvrent également le mur en question.
Sur le fauteuil en paille, où Drossinis avait l’ habitude de s’ asseoir, on admire son effigie, ayant une couverture sur les genoux, cadeau de son amie Elda Nazou, et tenant dans ses mains le journal «Estia ». Derrière le fauteuil, dans une vitrine, parmi certains objets personnels, on distingue un téléphone noir d’ époque, des livres français et des boîtes de cigares mêlés aux ébauches des sculpteurs Tombros et Vitsaris. Notons la petite tête de Palamas, poète Grec bien connu, ami aimé de Drossinis.
Les tableaux qui ornaient sa chambre à coucher, son testament et son joli tapis, tiennent leur place autour de lui.

La visite du Musée se termine avec
deux poèmes de G. Drossinis traduits en français

LA SOURCE
Dans la grotte déserte,
au bord de la mer,
nuit et jour, goutte à goutte,
de l’eau coule comme un pleur.

Elle ne trouve, à rafraîchir,
nul arbre, nul oiseau, nulle herbe,
et la source coule secrète,
elle coupe sans se tarir.

Mon cœur ressemble à la grotte :
une source y est cachée,
et comme de l’ eau, goutte à goutte :
tout doux en coule l’ amour.

Personne, personne n’ y va,
personne n’ y cherche l’ amour ;
l’ amour en coule secret,
il en coule sans se tarir.

G. DROSSINIS, Immortelles (1890), page 83

 


ΤΕRRE  HELLÉNIQUE

Maintenant que je m’ en vais vers des contrées lointaines
Et nous vivrons des longs mois et des années séparés,
Laisse, o laisse moi prendre quelque chose de toi,
O ma patrie d’azur, ma patrie bien-aimée.
Contre tous les chagrins et contre tous les maux
Laisse emporter au loin comme talisman magique
Talisman contre la maladie et la mort
Rien qu’ une poignée de terre, de terre hellénique,

Terre qu’ ont rafraîchie les suaves brises nocturnes
Terre que la pluie de Mai a baignée,
Terre parfumée par les étés ardents,
Terre bénie, terre féconde et qui engendre
Par la seule grâce céleste de la Pléϊade
Et rien que par les chauds baisers du Soleil
La vigne odorante et les blonds épis
Et le vert laurier et l'olivier amer.

Terre honorée, qui a été bêchée
Pour ériger les fondations d'un Parthénon,
Terre glorieuse et de sang teintée
Du noble sang du Souli et du Marathon
Terre qui recouvre de saints corps de héros
Des morts de Missolonghi et de Psara,
Terre qui apporte même à moi l’ insignifiant,
Du courage, de l' orgueil, de la gloire de la joie.

Je t’ aurai comme talisman sur ma poitrine
Et sur mon coeur quand je te sentirai,
Je puiserai en toi secours et force divine.
Qui me protégeront de tout charme étranger
Et c’ est ta Grâce qui me rendra plus puissant,
Et n’ importe où que j’ aille, errant en d’ autres pays
Tu garderas vivant en moi l’ unique désir
De revoir l’ Hellade, l’ inoubliable Patrie.

Et, si ma destinée, sinistre, inexorable
Ecrit que je m’ en aille pour ne plus retourner,
De toi je recevrai le suprême pardon,
A toi je donnerai le dernier baiser...,
Ainsi, même si je meurs sur une terre étrangère
Tu me rendras plus doux mon tombeau désolé
Quand on m’ enterrera je t’ aurai sur mon coeur
O terre hellénique, -ma terre bien-aimée!
GEORGES DROSSINIS